Pratique des sages-femmes, Afrique

Le guide mondial en pratique : Les sages-femmes en Namibie adaptent le nouveau guide sur l’hémorragie du post-partum (HPP)

ICM
9 février 2026

Par Temptation Chigova (Docteure en sciences, infirmière sage-femme diplômée), OMS Namibie et Jana Ellmies, Sage-femme de pratique avancée. 

 

L’hémorragie du post-partum (HPP) reste l’une des principales causes de mortalité maternelle dans le monde. Pourtant, elle peut largement être évitée grâce à des soins de haute qualité prodigués en temps opportun. En octobre 2025, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la Fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique (FIGO) et la Confédération internationale des sages-femmes (ICM) ont publié les premières lignes directrices mondiales consolidées pour la prévention, le diagnostic et le traitement de l’HPP, regroupant 51 recommandations fondées sur des données probantes concernant les soins prénatals, intrapartum et postnatals. 

Ce rend l’expérience de la Namibie unique, ce n’est pas seulement la pertinence de ces orientations, mais aussi la rapidité avec laquelle elles ont été mises en œuvre. Quelques semaines après la publication de la directive, le pays avait commencé à l’intégrer dans sa politique nationale. En janvier 2026, les recommandations avaient déjà été pleinement intégrées dans le projet de lignes directrices nationales sur les soins de maternité, une rapidité inhabituelle dans les processus politiques nationaux, mais essentielle lorsque des vies sont en jeu. 

Le fardeau de l’hémorragie du post-partum en Namibie 

L’hémorragie du post-partum est l’une des principales causes directes de mortalité maternelle en Namibie. Selon le rapport triennal du Comité national d’examen des décès maternels, néonatals et des mortinaissances, entre 2021 et 2024, 16 % des décès maternels ont été attribués à l’HPP. Bon nombre de ces décès surviennent pendant les heures qui suivent la naissance et dans des établissements de santé où les sages-femmes dispensent la plupart des soins de maternité, notamment aux niveaux régional, intermédiaire et national. 

Il est donc essentiel de renforcer la prévention, le dépistage précoce et la prise en charge rapide de l’HPP pour sauver la vie des femmes, et les sages-femmes jouent un rôle central dans cet effort. 

Une réponse nationale rapide et intégrée 

Alors que les décès maternels causés par l’HPP continuent, la Namibie a pris la décision délibérée de ne pas retarder son action ni attendre un nouveau cycle politique et elle a rapidement révisé et adapté la directive consolidée OMS-FIGO-ICM sur l’HPP pour une utilisation nationale. 

Plutôt que d’élaborer un document distinct sur l’HPP, la Namibie a choisi d’intégrer les recommandations dans son projet de directives nationales sur les soins intrapartum, les soins obstétricaux et néonatals d’urgence et les soins postnatals. Cette approche a permis d’assurer la continuité tout au long du parcours de soins maternels et a favorisé une utilisation immédiate par les professionnels de santé. 

Les sages-femmes ont joué un rôle central dans cette intervention rapide. En tant que professionnels de santé les plus souvent présents lors des accouchements et les premiers à reconnaître et à réagir en cas d’hémorragie excessive, les sages-femmes étaient bien placées pour transposer les données mondiales en recommandations pratiques et adaptées au contexte. Leur leadership a permis de garantir que les recommandations adaptées reflètent les réalités des soins de maternité en Namibie et puissent être appliquées efficacement à différents niveaux du système de santé. 

Un processus d’adaptation mené par les sages-femmes 

Une équipe multidisciplinaire chargée de la révision des lignes directrices a été mise sur pied pour diriger l’adaptation. L’équipe est encadrée par des sages-femmes en matière de rédaction et de contextualisation, avec l’apport technique d’obstétriciens et de pédiatres spécialisés. Cela a permis d’assurer un équilibre solide entre l’expertise clinique, le leadership national et une compréhension approfondie du contexte namibien en matière de soins de maternité. 

Le groupe comprend des obstétriciens et gynécologues spécialisés issus d’hôpitaux de référence intermédiaires et nationaux, un pédiatre spécialisé, des sages-femmes spécialisées en néonatologie et maternité, des responsables de l’assurance qualité, ainsi que des représentants du ministère de la Santé et des Services sociaux, de l’OMS et de l’UNFPA. Les membres du Comité national d’examen des décès maternels, néonatals et des mortinaissances ont également été associés au processus, afin de garantir que les enseignements tirés des examens des décès maternels et périnatals soient directement pris en compte dans les décisions relatives à l’adoption et à la contextualisation. 

Nous sommes fiers de souligner que toutes les sages-femmes ayant participé à la révision des lignes directrices sont membres de l’Independent Midwives Association of Namibia. 

Examiner ce qui fonctionne dans la pratique 

À l’aide d’un document de travail partagé en ligne et d’une communication régulière au sein d’un groupe de travail dédié, l’équipe a examiné systématiquement chacune des 51 recommandations. Au cours d’une réunion présentielle de deux jours, les discussions ont porté sur la faisabilité à différents niveaux de soins et sur la formation existante dans le milieu universitaire, l’alignement avec le champ d’activité des sages-femmes, ainsi que le système et les exigences de formation nécessaires à la mise en œuvre. 

L’examen a également porté sur les liens entre la prévention et la prise en charge de l’HPP dans les soins intrapartum, les soins obstétricaux et néonatals d’urgence et les services postnatals, soulignant l’importance de systèmes de maternité intégrés plutôt que d’interventions isolées. 

Conséquences pour les sages-femmes 

Pour les sages-femmes en Namibie, les directives adaptées fournissent des orientations plus claires et plus cohérentes sur leur rôle dans la prévention et la prise en charge de l’HPP. Elles mettent davantage l’accent sur la prévention, favorisent la détection précoce des hémorragies excessives et fournissent des directives plus claires sur les interventions de première et deuxième intention, le travail d’équipe et l’orientation rapide vers des soins plus spécialisés lorsque cela s’avère nécessaire. 

En intégrant ces recommandations dans les directives nationales, l’objectif est d’aider les sages-femmes à travailler avec plus de confiance et de cohérence, tout en restant en phase avec des soins de maternité respectueux et centrés sur la femme. 

Prochaines étapes 

Les recommandations relatives à l’HPP sont désormais intégrées dans le projet de directives nationales sur les soins intrapartum, les soins obstétricaux et néonatals d’urgence et les soins postnatals, et font actuellement l’objet d’un examen technique. La Namibie était bien placée pour adopter rapidement ces directives, car le pays était en train de finaliser le projet de directives IPC/EmONC/PNC. Une fois finalisé, l’accent sera mis sur la diffusion, le renforcement des capacités et le soutien à la mise en œuvre pour les sages-femmes et les équipes de maternité à travers le pays. 

Pourquoi cela importe-t-il au-delà de la Namibie ? 

L’hémorragie du post-partum continue de coûter la vie à des femmes dans de nombreux contextes, même là où des solutions efficaces sont connues. L’approche adoptée par la Namibie montre comment les recommandations mondiales peuvent être rapidement et judicieusement adaptées à la politique nationale, les sages-femmes jouant un rôle de premier plan dans la mise en pratique des données probantes. Alors que les pays s’efforcent de réduire les décès maternels évitables, cette expérience offre des enseignements précieux sur l’importance d’une mise en œuvre des normes mondiales adaptée au contexte et supervisée par des sages-femmes.

Légende: Esperanca Van Der Merwe, Gertrude Nakathingo, Ruth Aryao, Ronia Geraldo, Gaynor Balie, Justine Nali Mufenda, Jana Ellmies, Temptation Chigova.

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